Décarboner les gaz médicaux : l'enjeu du protoxyde d'azote (N2O)

Interview de Jean-Christophe Poirier, Pharmacien Responsable et Directeur sécurité et qualité des opérations et produits de santé et RSE pour l’activité des gaz médicaux en France

Publié le octobre 07, 2025

6 minutes

Le protoxyde d’azote (N2O) médical est le principal poste d’émission de GES (Gaz à Effet de Serre) parmi les gaz médicaux utilisés au bloc opératoire. Alors que son potentiel de réchauffement global est près de 300 fois supérieur à celui du CO2, sa distribution en réseau dans l'hôpital entraîne des pertes importantes de gaz. Au cœur de notre ambition “Always there” et de son pilier dédié à la neutralité carbone à l’horizon 2050, Air Liquide Healthcare s’attache à faire évoluer la distribution du protoxyde d’azote médical en accompagnant les hôpitaux à opter pour des bouteilles mobiles. Cette solution permet de réduire l’empreinte carbone des hôpitaux, tout en répondant au besoin d’usage actuel, qui est limité, du gaz médical N2O.
Posons nos questions à Jean-Christophe Poirier.

 

Comment réduire l'empreinte carbone des hôpitaux ?

JCP : Chaque secteur d'activité est appelé à réduire son empreinte carbone et le secteur de la santé, notamment les établissements hospitaliers, ne fait pas exception. L’empreinte climatique du secteur de la santé équivaut à 4,4 % des émissions nettes mondiales, soit l’équivalent de 2 gigatonnes de dioxyde de carbone1. Si le secteur de la santé était un pays, il serait le cinquième plus gros émetteur de la planète1. En France, 38 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur de la santé sont générées par les établissements hospitaliers2. Les médicaments et les gaz médicaments sont intégrés à ce pourcentage. L’approche d’Air Liquide Healthcare a été de mettre en place une réflexion avec les soignants pour définir les priorités d’action. Très vite, notre attention s’est portée sur le protoxyde d'azote ou N2O médical. Quoique très peu utilisé, le N2O médical est employé en anesthésie au bloc opératoire, principalement en pédiatrie.

Pourquoi faut-il décarboner le protoxyde d'azote N2O médical ? Est-ce vraiment un enjeu clé contre le réchauffement climatique ?

  • Protoxyde d'azote médical moins de 1 % en Volume

    du total des gaz médicaux

  • Protoxyde d'azote médical 75 % de l'Empreinte carbone

    du total des gaz médicaux

JCP: Selon les hôpitaux, le protoxyde d'azote médical représente une part minime des volumes (moins de 1 %) mais il a une forte contribution à l'empreinte carbone des gaz médicaux (>75%) dans la plupart des cas. Ce déséquilibre s'explique par son puissant pouvoir de réchauffement global, 273 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2) sur une échelle de 100 ans3. Dit autrement, 1kg de N2O médical utilisé est équivalent à 273 kg de CO2. De plus, le N2O médical n'est pas métabolisé par l'organisme après administration, ainsi le gaz expiré par le patient a aussi un impact. Vous voyez à quel point le N2O médical est un levier puissant pour agir sur l’empreinte carbone et notre travail avec les professionnels de santé hospitaliers sera donc de réduire ses volumes.

Une réduction rapide et significative de l’empreinte carbone

En pratique, le N2O médical est distribué dans les hôpitaux par un réseau dédié, avec des prises murales permettant la sortie du gaz dans les différents blocs opératoires. Le défi majeur réside dans les pertes de gaz liées à sa distribution en réseau. Des études menées au Royaume-Uni4 et aux États-Unis5 ont révélé que les réseaux de distribution de N2O médical dans les hôpitaux peuvent avoir un taux de perte supérieur à 90% ! Les micro pertes dans le réseau finissent par représenter un volume très important en comparaison du volume réellement utilisé pour le patient. Agir sur la distribution du N2O médical en limitant les pertes permet donc aux hôpitaux de réduire massivement leurs émissions de gaz à effet de serre..

Comment procéder à la décarbonisation du N2O médical ? Quelles sont les solutions de mise en œuvre proposées par Air Liquide Healthcare?

JCP: Air Liquide Healthcare s’aligne avec les recommandations de la Société Française d'Anesthésie et de Réanimation (SFAR) en accompagnant les hôpitaux à la mise en oeuvre de l'arrêt de leur réseau de distribution de N2O et au passage à l'utilisation de bouteilles pour les usages résiduels.

Objectif : volume consommé = volume utile

Concrètement, nous avons élaboré quelques projets pilotes avec des hôpitaux partenaires, puis fort de l’expérience réussie de ces pilotes, nous avons déployé cette démarche aux autres établissements. Avec le bloc pédiatrique du CHU de Toulouse, nous avons commencé par confirmer l’hypothèse de la réduction de consommation utile de N2O médical en utilisant les bouteilles plutôt que la distribution en réseau. Les estimations effectuées dans ce service pédiatrique affichent une économie très massive de N2O. Il nous incombe d’adopter une démarche proactive pour l’environnement tout en répondant à un besoin médical actuel. Air Liquide Healthcare est aussi investi dans un projet de recherche dont l’objectif est de détruire le N2O médical résiduel contenu dans les bouteilles.

Sur quels autres projets Air Liquide Healthcare travaille-t-il pour décarboner les gaz médicaux et collaborer à la mise en place d'un système de santé plus durable ?

JCP: La décarbonation des gaz médicaux ne se limite pas au N2O médical même si comme nous l’avons vu plus tôt, c’est un gaz sur lequel il faut agir en priorité. Notre stratégie pour une neutralité carbone d’ici 2050 repose aussi sur d’autres leviers pour les gaz médicaux en France :

  • Optimiser l’usage du MEOPA (Mélange Équimolaire d'Oxygène et de Protoxyde d'Azote) en recommandant des équipements spécifiques permettant de rationaliser la consommation de gaz.

  • Fournir des gaz à faible empreinte carbone : l'oxygène liquide médicinal et l'azote liquide médical sont les gaz médicaux les plus utilisés à l’hôpital et ils sont donc contributeurs aux émissions de gaz à effet serre. Leur principal impact est le facteur d’émission de l'électricité utilisée pour les produire. Ainsi, le recours à une électricité 100% renouvelable peut faire baisser au delà de 70% l'empreinte carbone de l'oxygène6. Air Liquide Healthcare suit donc une politique d’achat d’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelable et propose aux hôpitaux la solution ECO ORIGINTM.

Points clés à retenir :

  • Le secteur de la santé et les hôpitaux en particulier doivent contribuer à la réduction des gaz à effet de serre.

  • Le protoxyde d'azote (N2O) médical est un puissant gaz à effet de serre, représentant 75% de l'empreinte carbone des gaz médicaux malgré un très faible volume, inférieur à 1%.

  • Des pertes massives sont observées dans les réseaux de distribution de N2O médical, ce qui en fait une cible prioritaire d'action.

  • La solution consiste à stopper la distribution en réseau pour la remplacer par des bouteilles.

  • Des projets pilotes ont montré des réductions d'émissions de N2O médical massives avec cette stratégie, supérieures à 90% !

  • Au delà du N2O, la démarche vers la neutralité carbone de Air Liquide Healthcare inclut l'optimisation de l’utilisation d'autres gaz (MEOPA) et la fourniture de gaz médicaux (Oxygène et Azote) produits à faible émission carbone, grâce au recours à une électricité 100% renouvelable.

En s'appuyant sur des projets concrets et des résultats mesurables, Air Liquide Healthcare accompagne les hôpitaux pour décarboner les gaz médicaux. Agir sur les gaz médicaux est un moyen efficace pour les hôpitaux de réduire leur empreinte carbone.
References
2. The Shift Project. Décarboner la santé pour soigner durablement. Rapport final V2. Avril 2023.
6. Estimation du niveau de réduction de l'empreinte carbone en fonction de l'empreinte carbone actuelle par zone géographique et du niveau cible pour l'éco-origine Certifié par une organisation indépendante, en conformité avec les normes internationales ISO 14021/ 14067